3 Questions à Dana Cioccarlie
Le 11 août, vous retrouverez les membres du Quatuor Girard sous la halle de l’Hôtel de Ville de Bazas, dans le cadre de la 7ème édition du festival Songes de Nuits d’Été. Une soirée un peu folle qui ne proposera pas moins de 4 quintettes pour piano et cordes.
Jouer quatre quintettes (Dvořák, Vierne, Shostkovich et Schumann) est une gageure qui renoue avec la tradition, pas si ancienne, d'une musique de chambre généreuse et variée, offrant une soirée de découverte et de partage d'une grande densité, un format auquel le public - et les interprètes - ne sont plus habitués. Comment un artiste se prépare-t-il, physiquement et mentalement, à relever un tel défi ?
Dana Cioccarlie :
Ce programme est en effet un très grand défi ! Je suis pourtant assez habituée aux défis. Je pense par exemple à l’enregistrement live en 16 concerts publics de l’intégrale pour piano de Robert Schumann. Et depuis 2 ans, je récidive avec l’intégrale des concertos de Mozart, toujours enregistrés en public. Mais cette fois-ci, jouer quatre quintettes qui, de fait, sont quatre concertos, tant pour le piano que pour le quatuor à cordes, c'est l’occasion d’explorer et de repousser encore plus ses limites !
Schumann tient une place à part dans votre vie d’artiste. Comment son célèbre quintette op. 44 résonne-t-il au milieu des autres chefs-d'œuvre du programme de ce concert du 11 août ?
D. C. : Le quintette de Schumann me semble presque être l’œuvre la plus facile de ce programme. Je l’ai beaucoup joué ; c’est un Schumann solaire, je dirai même conquérant, qui a pensé l’écriture de l’œuvre dans la tonalité de la Symphonie Eroica de Beethoven (Mi bémol majeur, tonalité historiquement associée à l'héroïsme, la grandeur, la noblesse et la lumière).
Le premier et le troisième mouvement contiennent des passages dans lesquels Schumann se montre enthousiaste architecte, d’une inspiration apollinienne assez rare chez lui. Ces états assimilés à son personnage Florestan (le double fougueux et passionné de Schumann) sont contrebalancés par le second mouvement sur le versant Eusebius (son double rêveur et mélancolique) d’une tristesse remplie de dignité.
Ascenseur émotionnel et grand écart stylistique ! Passer du lyrisme lumineux de Dvořák à la tragédie sombre de Vierne, puis de la tension grinçante de Shostakovitch au romantisme triomphant de Schumann... Comment négocie-t-on un tel "grand écart" en seulement quelques heures sur scène ?
D. C. : Pour un pianiste habitué aux récitals mêlant différents styles et périodes de l’histoire de la musique, passer d’un registre à l’autre en une soirée n’est pas difficile. De plus, j’ai fait beaucoup de théâtre (théâtre musical et théâtre contemporain en qualité de musicienne et actrice), ce qui facilite la connexion avec les leviers émotionnels propres à chacune des quatre œuvres..